La lampe à la porte – le thalamus et les états supérieurs de conscience

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(…suite) L’éveil ou la vigilance, constate Nader, est maintenu dans la physiologie en partie par le thalamus. En effet, l’implication du thalamus dans le maintien de la vigilance contribue à sa qualité de «lampe à la porte». Comme nous l’avons déjà noté, l’expression «lampe à la porte» décrit la fonction bidirectionnelle de la conscience qui éclaire simultanément l’intérieur et l’extérieur. Nyāya correspond au thalamus qui, dans le cerveau, est le siège de la justice. Nader commente qu’il y a justice entre la perception innocente – enregistrée par les sens de la perception arrivant au thalamus – et la conclusion intellectuelle pour initier l’action. En outre, la qualité de distinction et de décision de la conscience, qui est Nyāya, est remplie par le thalamus et les cinq chapitres de Nyāya correspondent aux cinq divisions du thalamus.

Dans une analyse du sens de la vue du point de vue de Nyāya, Nader explique que dans la vision d’une fleur, l’œil capte la réflexion de la lumière sur l’objet. Cette lumière atteint la rétine et excite ou inhibe un certain nombre de cellules. Le sens de la fleur (ou de tout autre objet) n’est pas inhérent aux cellules réceptrices individuelles de la rétine. Les cellules sont soit simplement inhibées, soit excitées, soit neutres. Cependant, toute caractéristique particulière de la fleur (qu’il appelle ses valeurs ponctuelles) entraîne une stimulation ou une inhibition d’un type et d’un nombre spécifiques de cellules dans la rétine.

L’information provenant de ces cellules est acheminée par diverses stations jusqu’au thalamus et, de là, jusqu’au cortex cérébral où elle est perçue comme une fleur présentant des caractéristiques spécifiques. La réponse spécifique des cellules rétiniennes correspond aux valeurs spécifiques ou aux valeurs ponctuelles extérieures, spécifiques, relatives et changeantes. La reconstruction de la fleur par le cortex cérébral en une totalité (le concept holistique de la fleur qui transcende les caractéristiques particulières de toute fleur) représente l’aspect ou la fonction holistique, orientée vers l’intérieur et, sans doute, plus transcendantale. Le thalamus est le point de connexion entre l’intérieur et l’extérieur, le spécifique et l’holistique. C’est la lampe à la porte qui soutient à la fois les parties et le tout.

Considérant que la connaissance est différente selon les états différents de conscience, Nader poursuit en expliquant comment le principe de la lampe à la porte peut être revu en fonction des sept états de conscience décrits dans la Science Védique Maharishi. Dans l’état de conscience de sommeil, le thalamus est en mode dormant, les portes du thalamus sont fermées, ou la lampe à la porte n’est pas allumée, pour ainsi dire, et il n’y a pas de perception. Dans la conscience de rêve, la conscience traite les impressions stockées en leur donnant une réalité illusoire. Là encore, la lampe n’est pas allumée, mais le sujet est absorbé dans une réalité imaginaire. À l’état de veille, le stimulus sensoriel facilite la perception d’un objet mais occulte l’Ātmā ou le Soi en tant que conscience illimitée plutôt que l’ego individuel, le petit soi.

La lampe est allumée à l’extérieur mais pas à l’intérieur. L’écran sous-jacent de la conscience pure (l’Ātmā) est obscurci, de sorte que la perception de l’objet est colorée ou influencée par les tendances du système nerveux de l’individu, ou par son sens relatif du soi. Si le système nerveux est plus sollicité, la perception est plus ombragée ou plus éloignée de la réalité. Dans la conscience transcendantale, l’individu jouit d’un état transcendantal au-delà de la pensée et de la perception sensorielle; l’Ātmā est maintenu sans valeurs spécifiques. Dans ce cas, c’est comme si la lampe était allumée à l’intérieur mais pas à l’extérieur.

En revanche, dans la conscience cosmique, on fait l’expérience à la fois de la réalité transcendante intérieure et du champ extérieur de la perception relative; la lampe est à la porte et éclaire l’intérieur et l’extérieur. Dans des états de conscience encore plus développés, la conscience cosmique raffinée (également connue sous le nom de conscience de Dieu) et la conscience d’unité, la pleine valeur de l’extérieur est mise en évidence. Dans la conscience de Dieu, sur la base d’un écran de conscience intérieur clair, la perception extérieure est raffinée et nette, vue dans toute sa gloire. Dans la conscience d’unité, le Soi intérieur ou l’Ātmā devient la seule expérience intérieure et imprègne toutes les conditions de perception, de pensée, de parole et d’action.

Le thalamus conserve ses qualités de distinction et de décision et permet à la conscience de détecter des valeurs spécifiques, telles qu’une fleur, mais au lieu de les voir comme de petites unités, elle voit la Totalité, ou l’unité en mouvement à l’intérieur d’elle-même. L’intérieur n’est jamais éclipsé, mais les valeurs distinctes de l’extérieur sont appréciées. Nader explique que c’est ainsi que le Nyāya maintient la justice ou l’équilibre entre le changement et le non-changement, l’extérieur et l’intérieur, le relatif et l’absolu, le dynamisme et le silence. La fleur est vue, mais l’infini n’est jamais perdu. Comme le décrit Nader, c’est comme la vision de l’orfèvre qui voit la forme, mais qui voit l’or dans chaque forme. C’est ce qu’on appelle la vision illuminée, qui ne connaît l’obscurité à aucun niveau – que ce soit au niveau des sens, de l’esprit, de l’intellect ou de l’ego.

Dans ce sens, Darshana se réfère à la cognition au-delà de l’état de veille. Quand il est analysé du point de vue de la Science Védique Maharishi, Darshana peut être considéré comme un phénomène universel d’états de conscience supérieurs, avec d’énormes implications pour toute expérience ou compréhension du pouvoir de la perception et de l’interactivité du regard dans l’art. 

Comme nous le verrons ici, Darshana ne se réfère pas seulement à la sextuple boucle d’émergence et de submersion (du Nyāya au Vedānta), mais aussi à la qualité bidirectionnelle de l’intelligence, la lampe à la porte; on la retrouve dans la physiologie dans le fonctionnement du thalamus et, dans les états de conscience supérieurs, elle est expérimentée en tant que conscience cosmique, conscience de Dieu et conscience d’unité. L’idée de l’illumination simultanée de l’intérieur et de l’extérieur au niveau de la conscience individuelle signifie que le sujet peut tout connaître – toutes les phases de l’existence, toutes les structures, toutes les fonctions, toutes les formes et tous les phénomènes. (À suivre)

Conférence du Docteur Tony Nader sur le Nyaya

Selon Maharishi, le Nyaya signifie justice et est la science du raisonnement, le traité du raisonnement juste (commentaires de Maharishi sur la Bhagavad-Gita). L’idée de justice se fonde sur la notion d’équilibre; on sait que le symbole universel de la justice est une balance. De même que l’équilibre entre les deux plateaux de la balance représente la justice, de même l’équilibre entre l’abstrait et le concret, entre le point et la totalité représente le Nyaya.

L’étude complète du Nyaya suppose que l’on examine sa fonction (sa spécialité en tant qu’aspect particulier de la littérature védique) et sa structure (les divisions et les subdivisions de ce livre de la littérature védique).

Si l’on veut établir une corrélation valide entre le Nyaya et une partie du corps humain, il faut que cette correspondance soit à la fois structurelle et fonctionnelle.

Quelle structure physiologique assure dans le corps humain l’équilibre entre le point et la totalité et pourrait correspondre au Nyaya?

Pour y répondre, considérons d’abord un exemple. Que se passe-t-il lorsque nous contemplons une fleur? Des photons lumineux frappent la fleur et sont réfléchis dans l’espace selon des angles différents par les formes des pétales, de la tige, etc. et avec des fréquences différentes selon les caractéristiques de leur surface. La fleur agit comme un filtre qui ne réfléchit que certaines longueurs d’onde. Les yeux reçoivent certains de ces photons lumineux qui vont exciter ou inhiber les cellules photosensibles de la rétine appelées cônes ou bâtonnets. D’autres cellules demeurent silencieuses. 

La réalité de la fleur n’existe pas au niveau des réactions des cellules de la rétine: aucune des cellules individuelles n’est capable de reconnaître la totalité de l’objet. Pourtant à la vue de la fleur, nous nous disons: “Tiens, elle est très belle”. Nous en avons donc une vision globale. Cette vision d’ensemble d’un objet résulte de la combinaison correcte de chacun de ses fragments.

L’interrogation qui vient naturellement à l’esprit est de savoir comment les valeurs ponctuelles d’expression au niveau de chaque cellule excitée de la rétine se transforment en la vision de la totalité de l’objet? Ce processus se produit dans une partie du cerveau appelée cortex (le cortex est associé à un aspect de la littérature védique appelé le Pratishakhya). 

Le cortex rassemble toutes les valeurs spécifiques de la fleur et en construit ou plutôt reconstruit la réalité d’ensemble. La fleur dont nous prenons conscience est donc une création de notre système nerveux. Alors que la valeur totale de l’objet est disponible à l’intérieur du cerveau, l’appareil sensoriel n’a accès qu’aux valeurs fragmentées. Les sens ne captent que les valeurs ponctuelles de l’objet mais notre expérience, ce dont nous prenons conscience, c’est la totalité de l’objet, la totalité de ses valeurs ponctuelles. Pour que notre expérience de l’objet observé soit correcte, il est très important que la généralité n’obscurcissent pas les valeurs ponctuelles et que les valeurs ponctuelles n’obscurcissent pas la généralité. En d’autres termes, il est nécessaire que se produise un équilibre entre les valeurs ponctuelles et la valeur globale de l’objet observé.

Considérons maintenant la structure. Une couche de cellules blanches divise en 5 sections chacune des deux parties symétriques du thalamus (correspondant à chacun des 2 hémisphères cérébraux). Le Nyaya est aussi composé de 5 chapitres comptant chacun 2 subdivisions. Les structures du thalamus et du Nyaya sont donc identiques.

Le thalamus possède 16 noyaux distincts qui sont 16 parties très spécifiques de sa structure. Il s’agit de groupes de neurones dont les fonctions spécifiques sont associées à l’ouïe, à la vision, etc. Les 16 noyaux du thalamus correspondent aux 16 thèmes développés dans le Nyaya. Cet exemple montre combien la nature est ordonnée, spécifique et intelligemment organisée.

Ainsi le pulvinar, l’un des noyaux du thalamus, correspond au premier thème du Nyaya: Pramana c’est-à-dire les moyens d’acquisition de la connaissance correcte. Ce premier thème comprend les 4 sections suivantes:

Pratyaksha, la perception

Anumana, la déduction

Upamana, la comparaison

Sabda, le témoignage verbal

(Cette connaissance concernant le Nyaya se trouve dans les dernières pages des commentaires de Maharishi sur la Bhagavad Gita).

Le noyau pulvinar du thalamus comprend également 4 sections dont les noms sont les suivants:

Pars inferior

Pars lateralis

Pars oralis

Pulvinar médian

La fonction physiologique du pars inferior est l’intégration visuelle d’ordre supérieur. Il procure une perception plus intégrée.

Notons que la perception est différente de la vision. L’expérience suivante réalisée sur l’homme le montre clairement. Pendant quelques jours, on a fait porter constamment à des sujets des lunettes qui inversaient le champ de vision, c’est-à-dire qui montraient le monde à l’envers. Au bout d’environ 2 jours, en se réveillant, les sujets ont constaté qu’ils voyaient de nouveau le monde à l’endroit alors qu’ils portaient toujours les lunettes inversant la vision. Le cerveau reconstruit donc une image normale lui permettant de voir le monde à l’endroit. Si les sujets retirent alors les lunettes, ils perçoivent (sans lunettes) le monde à l’envers; après un certain temps, le cerveau leur redonne heureusement une image correcte du monde, la tête à l’endroit!

Cette expérience permet de mieux comprendre la différence entre la vision et la perception. La vision correspond à ce qui est vu au niveau de l’œil alors que la perception correspond à l’image de la réalité de l’objet reflétée par le cerveau. La première est l’impression directe sur l’œil et la deuxième est l’interprétation par le cerveau de l’impression parvenant à l’œil. Nous construisons donc notre monde en fonction de notre appareil de perception. 

(Corollaire: nos appareils de perception ne fonctionnant pas tous de la même façon, nous ne voyons pas tous le même monde; nous voyons ce que nous sommes).

Le pars inferior appartient au noyau pulvinar du thalamus et construit la perception des objets. Il correspond donc bien à la première subdivision du premier thème du Nyaya (Pramana – les moyens d’acquisition de la connaissance correcte) qui est Pratyaksha, c’est-à-dire la perception.

Les 3 autres parties du pulvinar correspondent également et de façon précise aux subdivisions du premier thème de Nyaya, les moyens d’acquisition de la connaissance correcte.

Le pars lateralis est associé à la vision, à la mémoire et au langage. Il correspond à la deuxième subdivision du premier thème de Nyaya qui est Anumana, la déduction (elle s’effectue sur la base de l’analyse du contenu de la mémoire).

Le pars oralis est associé à l’intégration sensorielle multiple. Il reçoit les excitations des différents canaux sensoriels et les compare pour donner lieu a une impression sensorielle cohérente. Il correspond à la troisième subdivision du premier thème de Nyaya qui est Upamana, la comparaison.

Le pulvinar médian est associé au langage et à la parole. Il correspond naturellement à la quatrième subdivision du premier thème de Nyaya qui est Sabda, le témoignage verbal.

La corrélation entre les 15 autres noyaux du thalamus et les 15 autres thèmes de Nyaya est toute aussi exacte (on peut se reporter au livre du Dr. Tony Nader paru en anglais – pour examiner ces correspondances en détail: “Human physiology: expression of Veda and Vedic literature”).

On voit donc que la nature de cette partie du cerveau, le thalamus, est inscrite et décrite dans le Veda et la littérature védique. Il est toutefois bien évident que lorsque les Ṛṣis eurent la cognition du Nyaya, ils n’avaient pas l’intention d’étudier ou de décrire le thalamus. Mais en décrivant cet aspect particulier de la Loi Naturelle qui a trait à l’équilibre entre le point et la totalité, ils ont décrit une réalité dont la structure et les fonctions sont identiques à la partie du corps où cette loi de la nature est exprimée.

La totalité du corps est une réplique exacte du Veda et de la littérature védique. Cette idée est développée par le Dr Tony Nader dans son livre.

La construction d’une maison par un architecte comprend trois étapes:

1) la conception du projet dans l’esprit, au niveau silencieux et non manifesté de la conscience de l’architecte,

2) puis la réalisation d’un plan, le dessin de la maison à construire,

3) enfin la construction proprement dite de la maison.

De même, on peut considérer que le Veda et la littérature védique représentent un plan sous forme sonore de tout ce qui existe dans l’univers, y compris le corps humain. Les lois de la nature résident dans l’état de l’Être pur non manifesté et engendrent à ce niveau le Veda et la littérature védique. L’ordre et l’intelligence se manifestent et se matérialisent dans la totalité de notre structure physiologique. Notre corps est la matérialisation des impulsions d’intelligence contenues dans les sons du Veda et de la littérature védique. Il incarne la réalité du Veda et de la littérature védique et en est l’expression physiologique.

Un autre exemple nous aidera à mieux comprendre à quel point la réalité du Veda et de la littérature védique est présente et active dans notre corps. L’homme s’est souvent demandé pourquoi il lui est possible de comprendre et de prédire les événements qui se produisent dans l’univers? La réponse est simple: parce que la structure de la physiologie humaine est identique à celle de l’univers. Ainsi quand Einstein découvre son principe d’équivalence entre la matière et l’énergie, c’est grâce à la clarté du pressentiment de son intelligence intérieure. Il a d’abord eu l’intuition de cette loi puis les faits objectifs (c’est-à-dire observés dans le monde extérieur) ont démontré qu’il avait raison. L’observation lors d’une éclipse de la courbure des rayons lumineux au voisinage d’une planète a mis en évidence l’influence de la masse de cette planète sur la trajectoire des rayons, donc sur l’énergie lumineuse. Après cette confirmation objective de la loi formulée par Einstein, il a déclaré: “Si cette expérience n’avait pas confirmé la loi que j’ai énoncée, j’en aurai été désolé pour le Créateur!” Cette assurance d’Einstein envers son intuition illustre le fait que nous portons en nous tout ce qu’il faut pour comprendre le monde où nous vivons. Par le biais de notre structure physique, nous sommes une réplique du Veda et de la littérature védique et à ce titre toutes les lois de la nature sont présentes et à l’oeuvre en nous.